Courage Salch

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Oui, j’adhère pleinement au dessin de Charlie Hebdo consacré au drame de Crans-Montana. Et non, il n’a jamais été question de faire rire. Croire le contraire relève soit de la mauvaise foi, soit d’une indigence intellectuelle assumée. Soit de gagner un procès et se faire du fric. Ceux qui hurlent à l’indécence confondent volontairement satire et divertissement, comme si toute image publiée dans Charlie devait forcément provoquer l’hilarité des imbéciles.

S’arrêter au premier degré, dans un journal satirique, est un aveu : celui d’une incapacité à lire, à penser, à dépasser l’émotion brute pour atteindre le sens. Les plaignants, les censeurs improvisés, les donneurs de leçons à l’indignation automatique ne sont pas choqués : ils sont paresseux. Ils préfèrent vociférer plutôt que comprendre.

Oui, la douleur des familles est immense. Oui, celle des victimes décédées l’a été, et ne l’est plus. Oui, les blessés souffrent encore, et les survivants porteront longtemps le poids de ces instants. Personne ne le nie. Mais prétendre qu’un dessin pourrait « nuire » aux victimes est une absurdité mystique. Nuirait comment ?
À moins de croire à un Dieu voyeur, comptable des offenses graphiques, qui rappellerait à lui ses enfants pour mieux s’offusquer d’un dessin dans la presse.

Il suffit pourtant de lire la légende : « La comédie de l’année ». Tout est là. Charlie Hebdo ne se moque pas des morts, il vomit sur la mise en scène. Il dénonce la transformation d’un drame en spectacle, l’obscénité d’un système économique — les sports d’hiver machine à fric — confiés à des irresponsables, protégés par un État défaillant qui préfère la communication à la responsabilité.

Ce dessin montre comment l’État échoue, puis parade. On a déjà vu ça, chez nous avec le Bataclan. Comment il maquille l’échec en cérémonie, la négligence en fatalité, la mort en séquence télévisuelle. Une mascarade nationale, indigne, obscène, mais parfaitement huilée.

Il montre aussi, sans détour, l’indignation à géométrie variable : certains morts méritent le deuil officiel, les plateaux télé et les larmes publiques ; d’autres sont broyés, grillés, dans un silence poli, sans discours, sans dessin, sans scandale.

Ceux qui crient aujourd’hui à l’ignominie ne défendent ni les victimes ni la dignité. Ils défendent leur confort moral, leur besoin de croire que le monde est simple, que le tragique doit rester silencieux et que la satire doit se taire quand elle dérange.

A Crans Montana on nous endort avec l’adagio de la 5 iem symphonie de Malher, à Gaza on ecrit la symphonie du Malheur.

Messieurs les censeurs, messieurs les sans cœurs,
votre morale est sélective, votre indignation creuse, et votre compréhension du réel affligeante.
Bonsoir.

D’Ginto