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Mon chien aboie, « Bebel, arrête ! »
Ah non. C’est mon téléphone. Celui qui veille sur nous, qui s’agite dès qu’un événement important se profile.
Je m’apprête à effleurer le bouton d’arrêt, mais mes sens, déjà en alerte malgré l’heure, me soufflent :
« Arrête… regarde. »
Le message s’affiche :
« Fin de la campagne ce soir à zéro heure. »
La panique me saisit.
« Vite, Bebel, on file à la piscine. C’est la fin de la campagne ! »
Bebel s’élance déjà vers la rue de la Merde.
« Non Bebel, pas par là ! voiture ! »
Et nous voilà partis vers le plateau des Grads.
Arrivés là-haut, pourtant, rien ne bouge.
Tout est calme.
La campagne est là, intacte : sauvage, sèche, un peu rude. Le vent passe dans les herbes. L’église de Lablachère semble prête, comme dans La Croisière des oubliés, à se détacher du sol et à s’envoler.
Je me demande soudain : comment pourraient-ils arrêter tout cela ?
Le vent tourne.
Et il apporte la réponse.
Bebel gémit. Moi, j’ai la nausée.
Dans un rang de vigne, un paysan — enfin je suppose — habillé de pied en cap, bottes et masque, pulvérise à grands gestes un produit âcre, entêtant. Il arrose la terre sans un regard pour l’air, pour les insectes, pour ce qui vit encore là. La brume chimique dérive doucement vers nous.
Nous reculons.
Je rentre chez moi, un peu sonné.
Je croise un copain.
Il me dit simplement :
« Alors, encore quinze heures de campagne électorale. »
Ah! Électorale. Wake up D’Ginto.
Méfiez-vous.
Si vous ne voulez pas que la campagne, la vraie, celle des pierres chaudes, des vignes et du vent, disparaisse peu à peu ;
si vous ne voulez pas que les fachos, le grand capital et les marchands de tout imposent un jour au gouvernement des lois comme celle-ci :
« Les promenades à la campagne sont autorisées le jeudi, de 19 heures à 19 h 30.
Un passe sera délivré en mairie sur présentation de la tenue réglementaire : gilet orange, combinaison de protection, masque à gaz et bottes.
Le pass devra être rendu le jour même, après passage obligatoire dans le sas de décontamination. »
Si vous ne voulez pas de ce monde-là — un monde qui ressemble déjà trop à un abri fermé,comme dans Shelter —
alors votez.
Surtout vous Mesdames, mobilisez vous, vous serez les premières victimes du fascisme.
Votez localement.
Votez nationalement.
Votez pour la vie.
Pour le partage.
Pour le respect de l’autre.
D’Ginto