attention passage de néo-ruraux

Un nouveau panneau qu’il va falloir apprendre, si l’on en croit la rumeur qui court à Lablachère :
« Sur la liste EGAL, il n’y a que des néo-ruraux. »

Voilà trois dimanches de suite que j’entends cette presque vérité. Cette presque vérité ne me gêne pas, au contraire : elle montre l’appétit des néo-ruraux à prendre leur destin en main. Non, ce qui me gêne, c’est la façon de le dire, péjorative, avec donc l’intention de nuire.
Les listes n’étant pas encore connues, je ne peux pas vous dire sur quelle liste se présentent les individus qui prononcent cette phrase.

Ma première remarque est que les néo-ruraux sont des citoyens à part entière, habitants de la commune et/ou éligibles à l’inscription sur les listes électorales, de droit, au même titre que les habitants pouvant remonter leurs lignées sur quarante-huit générations.

Ma deuxième remarque est un constat amusé : la liste majoritaire en place au conseil municipal est de loin majoritairement néo-rurale !

À partir de ce constat, aidés par des experts internationaux sri-lankais, nous avons tenté de mieux comprendre le phénomène.
La conclusion est que les habitants de Lablachère, même nés à Cerisy-Gailly par Sally Laurette, et qui votent à droite ou à l’extrême droite, sont des candidats respectables ; les autres, nés au même endroit mais votant majoritairement à gauche, ne sont que des yuppies, des babas — pardon — des néo-ruraux.

Avec d’autres experts internationaux berrichons, nous avons étudié le cas de Saillans, dans la Drôme, où néo-ruraux et Drômois pur beurre se sont alliés pour gagner les élections municipales en 2014 contre un maire qui voulait installer un Carrefour, avec 43,08 % des inscrits et 56,77 % des votants.
En 2020, ils perdent de 18 voix, et l’analyse que nous en faisons est que c’est de la faute des néo-ruraux. Non pas parce qu’ils ont été mauvais, mais parce qu’ils en ont trop fait, chamboulant la quiétude du petit village.
Qu’ouïs-je, qu’entends-je, qu’acoustiquais-je ? Village transformé en laboratoire, trop d’actions chronophages, médias en permanence dans le village…

Quels plus beaux reproches peut-on faire à des individus motivés, enthousiastes, souriants ?
La leçon à tirer est d’y aller mollo, d’intégrer dans les débats toutes les forces vives du village, de respecter le chant du coq et de ne pas négliger le passé. Il faut rassurer.

Pour ce qui nous concerne directement, que peut-on reprocher aux néo-ruraux ainsi nommés ?
D’avoir acheté et retapé des ruines, fait des enfants et sauvé des écoles, revalorisé des terres, permis à de petits exploitants d’écouler leurs productions passion, redynamisé des villages qui se dépeuplent, mis en avant une agriculture durable et saine, sinon bio, créé à Lablachère une dizaine d’activités — et notons-le sans l’intérêt aucun de la municipalité en place depuis 2008 — animé culturellement le territoire avec, entre autres, des festivals, musiques et cinémas de renommée internationale, développé le théâtre amateur…

Quand, accompagnés cette fois-ci d’experts internationaux tchécoslovaques, nous avons demandé aux néo-ruraux historiques, dits les yuppies, les babas, comment ils avaient été accueillis en Ardèche, la grande majorité répond :
« Très bien, mais seulement de la part des Ardéchois qui auraient pu être nos pères ou nos grands-pères. Ils étaient heureux de voir que des jeunes, barbus et chevelus, avaient envie de vivre là où eux ont vécu, parfois difficilement. »

Personnellement, si je devais ériger un obélisque pour honorer les autochtones qui nous ont aidés, l’obélisque de Louxor aurait l’air d’un sucre d’orge, et je ne peux m’empêcher malgré tout d’en citer quelques-uns.

À Lablachère : Guite et Jo Roumanet, Michel Beaussier, Terme, Rieusset, Lalou, Chilou Reboul…
À Sanilhac : Barial, Mendras, et avec une médaille d’or, Juliette et Léon du Gua…
À Laurac : Maurice Julien et sa famille, Christian Laroche et sa famille, Lèbre…
Aux Vans : Madame Froment, Maître St-André…

Je peux continuer ainsi avec tous les villages situés dans un rayon de 50 km.
Aujourd’hui, ils sont pour la plupart décédés, et leurs remplaçants font ce qu’ils peuvent, à de rares exceptions près, pour décrédibiliser ce mouvement néo-rural.

Nous avons retrouvé deux néo-ruraux célèbres, arrivés en Ardèche à peu près en même temps, avec les mêmes envies de nature, de partage, de liberté, de vie — et des destins différents.

Rabah Rahbi et Pierre Conty.
Le premier, né au Maghreb, devenu « Pierre »Rabhi, a, à force de travail, aidé par sa femme, acheté sa ferme. Il est devenu cet écrivain, philosophe, agroécologue, encensé par tous, et même par les Lablachérois — étonnant, non ? Avec le RN, il n’aurait pas pu rentrer en France.
Quand on demande pourquoi ce néo-rural-là, algerien d’origine, est bien considéré, la réponse est simple :
« Ah lui, c’est pas pareil, y en a des biens, et puis y passe à la télé. »

L’autre, Pierre Conty, après un passage à Antraigues où sa femme institutrice est mutée, était considéré, faisait des petits boulots pour tout un chacun et pour la mairie. Il se voit proposer, en 1960, par M. Curinier, maire de Chanéac — village qui se désertifiait — des bâtiments vétustes et des terres en friche, sans propriétaires connus, mais hélas sans contrat juridique aucun.
Dix-sept ans plus tard, après qu’ils aient retapé les bâtiments et remis les terres en valeur, des propriétaires, aidés par la justice, les font expulser. C’est le début du drame dont Ma Bastide se repaît de numéro en numéro.
Du côté humain, on accueille ; au nom de la « justice », on expulse, sans réparations ?

À suivre

D’Ginto

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