Messieurs qu’on nomme grand, « Une brute reste une brute, même avec le sourire ».Y K
« Dans la brute (pas) assoupie un ange se réveille. » adapté de C. Baudelaire.
Une éclaircie, petite, mais pleine de promesses ou d’espoir dans ce monde absurde, violent, guerrier, où, grâce à l’IA — l’Inintelligence Amplifiée —, tout peut être faux. Ceci étant, ce n’est pas nouveau : la télé pratique depuis des années, au service du pouvoir. Tout cela entre les mains de milliardaires givrés — je les préférerais congelés.
Violences mondiales, violences de l’État, violences de la police, violences de l’extrême droite, violences de la justice, violences de l’Éducation nationale…
Une éclaircie qui me rappelle un moment de 1967, la naissance des C.A.L., prémices de Mai 68.
Le gouvernement ne s’y trompe pas : le parallèle est vite fait. Et, pour éviter une réplique de niveau 7 du Mouvement du 22-Mars, affichant ainsi sa grande lâcheté, il ferme les universités, privant ainsi les étudiants d’amphithéâtres pour réfléchir, discuter, proposer.
Ce qu’ils vont gagner, c’est un peu plus de colère, et la tenue des assemblées générales dans la rue, sous forme de manifestations.
Nous sommes loin des C.A.L., très politisés à l’époque, mais l’esprit est là. Et si les exigences sont très matérielles, la mobilisation est là également. Les syndicats, LFI, commencent à s’intéresser à ces laissés-pour-compte, pourtant adultes de demain — « l’enfant est le père de l’homme » —, ces jeunes qui n’ont pas encore le droit de voter.
Vive le vote à 16 ans, ou moins !
Les jeunes ont le droit de se faire exploiter à partir de seize ans — je veux dire de travailler —, mais pas encore de voter.
Une phrase d’une militante cégétiste résume assez bien l’état d’esprit des adultes. Elle me dit : « T’as vu, c’est bien, nous avons beaucoup de jeunes ! »
Elle m’a laissé sur le cul. Ma réponse fut brève :
« Ce sont les jeunes qui ont initié ce mouvement. Vous, syndicalistes, vous vous raccrochez aux branches, comme LFI. Les jeunes, eux, peuvent dire : “T’as vu, nous avons beaucoup de vieux avec nous !” »
À Aubenas, mobilisés avec fraîcheur, humour, et loin de la présentation qu’en font les grands médias télévisuels à la solde des milliardaires — pauvres cons ! —, les jeunes ont manifesté leur colère et leurs angoisses.
Arrivé sur l’agora vers 10 h 30, c’est avec plaisir et émotion que nous nous sommes assis, avec un copain, au milieu d’une cinquantaine de jeunes occupés à fabriquer leurs banderoles.
Ça pue les bombes de peinture, mais nous sommes restés en immersion jusqu’à 14 heures, heure à laquelle le défilé s’est mis en branle.
Un vrai plaisir que de les voir s’amuser, peindre, trouver des slogans, flirter, sans craindre la suite, forts de leur enthousiasme.
Une petite chose m’a interpellé : garçons et filles étaient mélangés, mais, à l’écart, il y avait des jeunes filles, visiblement issues de l’immigration, serrées les unes contre les autres. Leurs homologues garçons, eux, étaient au milieu des autres.
J’ai retenu deux slogans.
Le premier : « Le gouvernement est comme mon ex : des promesses, mais pas d’engagements. »
Et l’autre : « Trop de cours, je n’ai pas le temps de jouer à Roblox. »
J’ai demandé à la jeune fille ce qu’était Roblox et, du haut de ses quinze ans, fière, elle m’a répondu : « C’est un jeu. »
Et elle a ajouté, vu mon grand âge : « Ça veut dire que nous avons trop d’heures de présence et que nous n’avons plus le temps pour rien d’autre. »
Merci, mademoiselle.
Bref, belle journée, mobilisation réussie.
Un manifestant, habitué des grosses manifs, que je croise souvent, me dit : « Dommage que nous ne soyons pas assez nombreux. »
Je corrige immédiatement le tir :
« J’ai personnellement estimé à 1 100 le nombre de manifestants. La police en annonce 850 à 15 h 53. En gardant les chiffres de la police, que l’on sait pris dans le bas de la fourchette, et en les ramenant à la population de Paris et des communes limitrophes, cela correspond à 138 000 personnes.
Pas mal, non ?
Arrêtez de minimiser le monde rural : il est aussi mobilisé que le monde citadin, sinon plus. Où sont les citadins pour les bassines, les pesticides, les déserts médicaux, les problèmes de mobilité ?
La Terre est la seule planète connue qui abrite l’Ardèche. Ne la détruisons pas.
Espérons que ces jeunes vont se rendre compte que l’avenir est entre leurs mains et qu’il dépend d’un changement de République, d’un autre mode de gouvernance, du rejet du capitalisme industriel, financier et numérique.
Espérons qu’ils vont voter, pour ceux qui en ont l’âge, et tenter de convaincre leurs parents de voter pour une Assemblée constituante et une Sixième République.
C’est-à-dire ?
Un petit lien pour illustrer le défilé :
https://youtu.be/vKQOWTrQfbA?si=TehqH1agnjS_keub
Merci Annéli.
D’Ginto Nick.