Mort d’un pourri

 

Mort d’un pourri

Le « boucher des Balkans », détenu à La Haye, organisateur-trieur du massacre de Srebrenica, en 1995, sous l’œil acerbe de la FORPRONU, vient de crever. Ce genre de personnage ne meurt pas, il crève. Les bouchers s’élèvent contre cette comparaison : eux exercent un métier convenable.

Un titre osé, je ne sais plus où, annonce : « La mort du général Mladić, une page est tournée. »

Tournée, oui, mais ouvrant une nouvelle page : l’État serbe propose des obsèques nationales avec honneurs militaires et d’État pour le défunt général. Les images de Mladić trônent dans beaucoup de villes serbes.

Cet événement ravive notre mémoire, en tout cas la mienne, participant au deuxième festival de Goražde, organisé par les Bosniaques musulmans et un collectif de Bretons des Côtes-d’Armor.

À cette occasion, j’aurai l’occasion de déconstruire une légende qui consiste à dire que le général Morillon, ex-putschiste en Algérie, boss de la FORPRONU, a tout fait pour protéger la population de Srebrenica, qui sera l’un des épisodes les plus douloureux de ce conflit.

Pipeau. La version d’un homme de Goražde, premier résistant de la ville, est très différente.

Le général Morillon, alerté par la situation dramatique de Srebrenica, s’y rend en mars 1993. Le constat est sans appel, mais le général ne peut pas repartir : il est retenu par les assiégés, les femmes et les enfants : « Protégez-nous ! »

Ce vaillant général, pour faire bonne figure militaire, invente un récit dans lequel il décide de rester sur place pour protéger la ville et les assiégés. Un peu plus tard, il quitte son commandement de la FORPRONU en Bosnie.

On se souvient de cette image où l’on voit, en juillet 1995, Thom Karremans, le commandant du bataillon néerlandais Dutchbat III à Srebrenica, aux côtés de Mladić, distribuant du chocolat aux femmes et aux enfants, pendant que le tri des hommes a commencé, futures victimes des massacres (8 000).

Bref, un massacre où l’on a fermé les yeux, tout en criant au scandale.

Ne croyons pas que les femmes s’en sont bien tirées, Durant la guerre de Bosnie (1992-1995), la municipalité de Foča, située à proximité de Goražde, est devenue le symbole mondial de l’utilisation du viol de masse comme arme de guerre et instrument de nettoyage ethnique. Les forces armées et paramilitaires serbes de Bosnie y ont méthodiquement mis en place des centres de détention et des camps de viols visant spécifiquement les femmes et les jeunes filles musulmanes (bosniaques).

Un détail : pendant que se perpétraient les massacres, Charles Millon et l’amiral Lanxade étaient à bord du Foch pour le 14 juillet, à quelques centaines de kilomètres de Srebrenica.

Arkan crevé, Mladić crevé… mais attention, il en reste une des crevures : Radovan Karadžić, le psychiatre, poète responsable des massacres contre les musulmans. Il purge sa peine de réclusion à perpétuité dans une prison anglaise. « Would you like a cup of tea? »

Monsieur Emir Kusturica, pouvez-vous commenter la décision d’honorer nationalement Mladić ?

Chaque fois que ce genre d’événement remonte à la surface, je ne peux m’empêcher de penser à un tableau qui était aux murs chez mes parents quand j’étais jeune, ce tableau je l’appelais Fatimemmed à la Rose. Son vrai titre, « Mehmed II sentant une rose ». Mon père nous disait qu’en fait ce personnage sentait une rose pour masquer l’odeur des décapitations qui se déroulaient devant lui.

D’Ginto Nick